Vendredi 5 septembre 2008

Graphique : source Insee

 

Il y a comme un décalage entre ce qu’entendent les consommateurs et ce qu’ils aperçoivent dans les rayons. “On nous avait dit que les hausses de prix étaient dues à l’envolée des matières premières, on a donc du mal à comprendre ce qui se passe aujourd’hui, alors que le blé baisse depuis mars“, explique au Monde Olivier Andrault, de l’UFC-Que Choisir. Les cours de la plupart des matières premières reculent depuis plusieurs semaines, sans pour autant qu’un produit aussi symbolique que le pain ne baisse lui aussi. La Confédération nationale de la boulangerie- pâtisserie indique que le blé n’entre qu’à hauteur de 5 % dans le coût de fabrication d’une baguette, une précision destinée à désamorcer les tensions. Certains établissements avaient invoqué l’envolée des cours du blé  pour justifier des augmentations de tarif aujourd’hui davantage expliquées par les charges.

 

La hausse des matières premières passée, certains biens pourraient donc baisser, du moins si les industriels et entrepreneurs le souhaitent. On est en train d’assister à un renversement de tendance sur les produits agricoles avec des effets, je l’espère, rapides sur le prix des produits alimentaires“, a rappelé la ministre de l’Economie Christine Lagarde. En un an, les pâtes ont augmenté en moyenne de 20 % et le lait de 13 %, selon l’institut Nielsen. Pour les carburants, impactés par la spectaculaire hausse du pétrole constatée au cours de l’année, les prix ont légèrement baissé ces dernières semaines avant de remonter de nouveau, suivant avec plusieurs jours de décalage les fluctuations de l’or noir. De nombreux événements géopolitiques peuvent à tout moment enflammer de nouveau les cours.

Reflux de l’inflation

 

Le salut des consommateurs passe par un recul de l’inflation. Dans la zone euro, celle-ci a ralenti en août à 3,8%, après un pic à 4% en juin et juillet selon Eurostat. La hausse généralisée des prix reste cependant forte: en août 2007, elle ne s’élevait qu’à 1,7 %. Le reflux constaté ces dernières semaines peine donc à se faire sentir auprès des ménages, les inquiétudes sur le pouvoir d’achat persistant.

 

"On a une inflation forte mais pas de tensions sur le marché du travail ou l’appareil de production, donc pas de spirale inflationniste. On peut donc s’attendre à retomber à 3% d’ici la fin de l’année et à 2% d’ici un an ou 18 mois“, rassure Eric Heyer, directeur adjoint de l’Observatoire français des conjonctures économiques. Il s’exprimait à l’AFP. Mais, l’inflation vécue actuellement tirant pour grande partie sa source de l’envolée des matières premières, les effets d’un répit tardent à se faire sentir auprès des consommateurs.

 

Un espoir est toutefois permis : certaines familles de produits ont souffert de la hausse des prix, victimes des arbitrages orchestrés par les consommateurs. Les industriels pourraient donc, pour certains d’entre eux, mettre la pédale douce sur les hausses de tarifs… Ou lancer, comme Danone projette de le faire, une gamme de produits économiques, en l’occurrence ici des yaourts.

 

Franck Stassi

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