Vendredi 2 mai 2008
 
       1,60 dollar, telle est la somme qu’il fallait débourser la semaine dernière, lors d’un énième record, pour s’offrir le luxe de posséder un euro. Après avoir connu une longue période de vache maigre, la monnaie unique ne cesse de s’envoler. Parallèlement, la baisse du dollar semble inexorable. Cette montée de la monnaie unique est à double tranchant : elle permet certes de payer moins cher des produits facturés en dollar, tel que le pétrole, mais pénalise les exportations.

       « Si l’euro n’était pas aussi fort, les produits importés seraient plus chers, le pétrole en tête, et l’inflation en zone euro bien plus importante. Le pouvoir d’achat des consommateurs s’en trouverait davan­tage rogné. C’est en revanche une mauvaise nouvelle pour la crois­sance. Car l’euro fort pèse sur les marges des entreprises, les ­profits en pâtissent. Et au final, ce sont les décisions d’investissements qui sont retardées, voire annulées », explique Eric Chaney, chef économiste chez Morgan Stanley, au Figaro. Car tout le paradoxe de la situation est là : tandis que le pétrole est moins cher et l’inflation modérée, nos produits apparaissent à un coût élevé pour les entrepreneurs de la zone dollar. Le danger est donc là : que l’euro fort pénalise les exportations et donc, in fine, la croissance économique. Comment expliquer la montée de l’euro ?

        La monnaie unique est aujourd’hui prise en étau entre les décisions de la banque centrale américaine, la Fed, et de la Banque Centrale Européenne (BCE). D’un côté, la Fed a privilégié de massives baisses de taux d’intérêt pour faire face au ralentissement de l’économie en soutenant l’investissement. En huit mois, le taux directeur est ainsi passé de 5,25 % à 2,25 %. De l’autre, la BCE continue de maintenir ses taux inchangés de peur d’un retour de l’inflation. Les deux banques centrales doivent avant tout faire face à deux problèmes de nature a priori différente. Ben Bernanke, le directeur de la Fed, doit pouvoir être en mesure de soutenir une croissance dont la brutale décélération en décembre montre encore les limites de l’économie américaine, tandis que Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, ne cesse de réaffirmer son inquiétude contre une hausse généralisée et durable du niveau des prix, ce qui l’amène, selon lui, à devoir se montrer moins réactif face à l’actualité.

         Le gouverneur de la Banque centrale européenne doit en effet faire face à l’inflation. En mars, cette dernière a atteint 3,5% en rythme annuel alors que l’objectif de la BCE est fixé à 2%. Interrogé sur un éventuel relèvement des taux d’intérêt, le gouverneur de la Banque du Luxembourg Yves Mersch a indiqué qu’il s’agissait d’une « question tout à fait justifiée. Il y a des questions que nous devons nous poser chaque mois. Je suis surpris que nombre d’analystes de marché envisagent encore une possibilité qui n’est en aucune manière requise dans le contexte actuel, c’est-à-dire une baisse des taux. Je demande qu’on s’intéresse aux mêmes faits que ceux que nous examinons”. Les conditions d’octroi de crédits doivent néanmoins être dégrippées, si l’on en croit bon nombre d’économistes et si l’on observe la récente opération menée par la banque centrale d’Angleterre.

        La BCE a donc affaire à deux défis d’importance : maîtriser le niveau de sa monnaie tout en contenant l’inflation. De vastes chantiers en perspective donc. Et l’occasion de rappeler, une fois encore, combien une politique européenne  plus tournée vers la recherche et le développement permettrait de se prémunir davantage contre ces variations en accumulant un avantage concurrentiel à travers des produits innovants et exclusifs.

                                                             
Franck Stassi

Pour retrouver plus d'articles de Franck Stassi, aller faire un tour sur son site, Problèmatiques.
ajouter un commentaire recommander commentaires (0)   

A vous de jouer...

Vous aimez écrire ? décrypter l'actualité économique ? et donner votre point de vue ? 
Alors proposez vos articles à Economie et société
Rendez-vous dans la rubrique "contact" en bas du blog pour envoyer vos propositions.

Vous voulez  être averti(e) lorsqu'un nouvel article est publié ? Inscrivez-vous à la newsletter.

Publicité

 
 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus