Lundi 28 avril 2008


Au rythme où vont les choses, on pourrait proposer un article quotidien sur l’envolée des prix de l’or noir. En un an, le prix du baril affiche une hausse de 86%. Une ascension fulgurante poussée par des facteurs conjoncturels, immédiats, et d’autres, structurels, plus profonds.

 

« En début d’année, nous avions estimé que le prix du pétrole allait retomber en 2008 et avancions les 80 dollars comme prix moyen. Face à l’évolution de l’environnement des marchés pétroliers, nous sommes en train de revoir nettement à la hausse ce prix », indique à l’AFP Antoine Halff, stratège chez le courtier Newedge Group. Et pour cause, le baril de light sweet crude pour livraison en mai, dont la cotation se terminait le 22 avril, a atteint lors de sa séance new-yorkaise les 119,90 dollars, avant de redescendre à 119,37 dollars. On est aujourd’hui bien loin des 80 dollars le baril.

 

Parmi les causes de ce nouveau record, l’attaque de deux oléoducs au Nigeria. Conséquence dramatique pour Shell. Les pertes de production sont estimées à 169 000 barils par jour. Egalement en ligne de mire, l’inexorable chute du dollar, qui est parvenu à 1,6019 dollar pour 1 euro. Cette relation s’explique par le fait que les banques centrales des pays exportateurs de pétrole gèrent différemment leurs réserves de changes depuis quelques années. Ainsi, elles ne souhaitent plus détenir uniquement du dollar. Une partie des contrats pétroliers, libellés en dollars, est donc revendue pour acheter de l’euro ou du yen, ce qui exerce une pression sur la devise américaine.

 

Les déclarations des membres de l’Opep ne sont également pas en faveur d’un apaisement de la tendance : « Aujourd’hui, il n’y a aucune raison de s’agiter et de dire ‘nous allons mettre plus de pétrole sur le marché’ car les demandes des pays consommateurs sont probablement motivées par des raisons politiques plutôt que par un besoin fondamental », a notamment indiqué Ali al-Nouaïmi, ministre saoudien du Pétrole. Le cartel « n’a pas besoin d’augmenter sa production dans l’immédiat », a renchéri, pour sa part, le ministre algérien de l’Energie et président de l’entente Chakib Khelil. « Toute hausse de la production serait sans incidence sur les prix car il y a un équilibre entre l’offre et la demande. Nous avons augmenté la production l’an dernier, et les prix ont continué leur hausse », a-t-il ajouté.

 

Quelle solution pourrait alors être apportée pour un meilleur dialogue entre producteurs et consommateur ? Dans une interview accordée au Monde, l’ancien directeur exécutif de l’Agence, Claude Mandil, explique que l’amélioration de la situation passe pas une conversation plus franche et sincère : « Qu’ils (les pays producteurs) acceptent de dire qu’ils ne veulent pas produire plus. Et que les pays consommateurs acceptent de dire qu’ils veulent réduire leur consommation en raison du réchauffement climatique. Il y aurait là matière à un débat plus franc ».

 

En dépit d’un ralentissement de la croissance américaine, le baril continue à grimper, soutenu par la demande en provenance des pays émergents. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), leurs 2,5 milliards d’habitants vont consommer, en 2008, 20,67 millions de barils chaque jour (+ 4,4 %) pour faire tourner voitures, climatiseurs et usines, alors que les 300 millions d’Américains n’en brûleront « que » 20,38 millions (- 2,2 %).

 

 

Toujours est-il que la flambée actuelle affecte sérieusement les compagnies aériennes, le kérosène étant le plus cher des produits distillés. Ces dernières n’hésitent pas à répercuter la hausse sur les passagers, dans des proportions différentes : là où Air France joue la classique carte de la surcharge carburant en fixant le seuil à 100 dollars, Continental Airlines prendrait le risque, sur certains vols, de réduire le volume de combustible théoriquement nécessaire - une information révélée dans l’Hexagone par Le Figaro.

                                                                      Franck Stassi

Pour retrouver plus d'articles de Franck Stassi, aller faire un tour sur son site, Problèmatiques.

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