Depuis le début de l’année, les émeutes de la faim se
multiplient. Au départ isolées, elles se répandent désormais à travers le monde. En effet, les populations les plus démunies ne peuvent plus faire
face à l’augmentation des prix des matières agricoles. Pour le blé, le maïs et le riz les hausses dépassent 100%. Comment expliquer une telle
envolée ?
Les prix s’envolent par la conjonction de plusieurs facteurs. Depuis 2006, on constate une contraction de l’offre. Et cela
pour trois raisons. Tout d’abord, le dérèglement climatique conduit à une diminution de la production, notamment en Australie, et de la surface de terres arables. En France, ces dernières ont
diminué de près de 3% en 2007. A ce phénomène s’ajoute un effet de substitution, les agriculteurs se concentrent sur les produits ayant la plus forte rentabilité, cela contribue à diminuer la
production du produit agricole abandonnée et donc de réduire son offre. La hausse des prix des matières agricoles se transmet donc entre les différents
produits.
Du côté de la demande, on assiste à une forte augmentation. Et cela pour trois raisons. Premièrement. La croissance de la
population mondiale continue d’être soutenue : plus 1,7% en 2007. En 2050, notre planète comptera neuf milliards d’habitants, soit une hausse de près de 50% en moins de 50 ans. Deuxièmement.
Les pays émergents, grâce à l’amélioration des conditions de vie, changent leurs habitudes alimentaires, notamment en mangeant plus de viande. Or, qui dit viande, dit troupeaux à nourrir. Ainsi,
il faut six kilos de céréales pour obtenir un kilo de viande. Troisièmement. En concurrençant la production agricole, les biocarburants participent également à cette augmentation.
Sur 2,1 milliards de tonnes de céréales produites dans le monde, les agrocarburants représentent 100 millions de tonnes. Bruxelles a revu ses objectifs à la hausse : les biocarburants devront représenter 10% des carburants utilisés d’ici 2020. Or, pour atteindre ses objectifs, il faudra
importer des produits agricoles.
On a donc d’un côté une offre qui se stabilise, voire diminue, et de l’autre une demande en forte hausse. Conséquence
de ce déséquilibre : les prix explosent. D’autant plus que, avec la mondialisation, les marchés internes suivent de plus en plus les prix fixés par les marchés mondiaux. Malheureusement, ce
phénomène est amplifié par la spéculation et la hausse des coûts. Les investisseurs, qui ont déserté les produits financiers, ont trouvé dans les matières agricoles des valeurs refuges. La hausse
des coûts agit à la fois sur la production (engrais, fertilisants et intrants) et sur le transport.
Quelles solutions apporter ? L’urgence est d’augmenter l’aide alimentaire et humanitaire. Mais pour remédier au mal,
il faut construire des filières agricoles et permettre aux pays pauvres de se nourrir eux-mêmes. La FAO préconise de relancer l’agriculture vivrière dans les pays en voie de développement. Mais
cela va prendre beaucoup de temps. Les biocarburants de deuxième génération (faits à partir de déchets de bois) permettraient de limiter la hausse de la demande. Pour augmenter l’offre, on parle
désormais de « révolution verte ». Le principe est simple : augmenter la productivité. Et cela par n’importe quel moyen : même les OGM. Néanmoins, la priorité est
d’agir dans les pays pauvres, où une simple rationalisation de la production suffirait à augmenter naturellement la rentabilité. Une chose est sûre, l’agriculture, qui a été délaissée durant ces
25 dernières années, sera un des enjeux majeurs du 21ème siècle.
Vincent PAES
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