Mercredi 23 avril 2008

        Inaugurée il y a moins d’un an, cette pépinière d’entreprises dédiées aux contenus numériques connaît un vif succès. Plus de 300 candidatures pour seulement 20 élus. L’objectif premier : accompagner les entreprises pendant leurs premières années de vie afin d’augmenter leur chance de réussite. En France,  une entreprise sur trois fait  faillite avant de fêter son troisième anniversaire. Mais une question demeure toujours : que deviendront ces entreprises une fois lâchées dans la jungle parisienne ?

        « Nous sommes vraiment contents d’avoir pu nous installer ici. L’environnement y est vraiment favorable » confie Laurent Mauriac, l’un des fondateurs de Rue89. Et pour cause, en mai 2007, l’aventure du site d’informations 100% internet commençait péniblement dans le salon d’un appartement parisien. Aujourd’hui, Rue89 dispose d’un local de 110 m2.  Pour les entreprises, trouver de quoi se loger n’est pas facile. Premier obstacle : le bail 3-6-9. Les entreprises doivent s’engager par tranche de trois ans, ce qui est, pour la plupart d’entre elles, beaucoup trop contraignant. Deuxième obstacle : les prix, surtout à Paris. La somme à avancer au propriétaire (caution + premier mois de loyer) est souvent trop chère pour de petites entreprises qui manquent cruellement de fonds. Pour les aider, Paris Développement met à  leur disposition, via la pépinière, près de 2 000 m2 de locaux. Le tout à des prix plutôt abordables (300 euros le m2) et avec des contrats plus flexibles. Mais pour Julien Jacob, co-fondateur d’Obiwi, un site participatif d’informations, là n’est pas l’atout principal de la pépinière: « Certes, les prix ne sont pas élevés, mais il est assez facile de trouver des locaux en sous-location à l’extérieur de Paris pour des tarifs plus intéressants ».

          Et pour cause, la pépinière a également comme fonction d’aider les entreprises dans toutes les phases de leur développement : financement et réseau surtout. « Mais nous nous occupons aussi des problématiques du quotidien comme la comptabilité ou la vente. Nous tentons de les accompagner au maximum pour faciliter leur réussite » précise Eric Clin, le directeur de la pépinière Innovation-Réunion. Accompagnement. Voilà donc le mot d’ordre de la pépinière. Pour les projets de financements, les entreprises peuvent compter sur l’expérience de l’équipe de la pépinière, pour la plupart d’anciens entrepreneurs. « Lorsque l’on démarche les banques, le label « épinière » est également en plus. Cela les rassure » précise Laurent Mauriac. Pour le juridique, la pépinière Innovation-Réunion fait appel à des intervenants extérieurs comme le cabinet Fidal. La journée de conseil est facturée moitié prix, 700 euros au lieu de 1 400. En échange, les cabinets de conseils espèrent pouvoir travailler pour ces mêmes entreprises une fois qu’elles seront sorties de la pépinière.

 


         Pour Laurent Mauriac, ce n’est pas l’accompagnement qui l’a séduit : « Dans notre entourage, nous avions déjà des personnes qui pouvaient nous conseiller. Pour nous, le véritable plus de la pépinière, c’est que l’on peut se dégager de nombreuses tâches, l’accueil notamment. L’autre atout, c’est que cela permet de créer un environnement favorable à l’échange ». Eric Clin parle même de « synergie ». De son côté, Julien Jacob, souligne le potentiel d’une telle proximité : « Bien que nous n’ayons pas encore pu en profiter, car nous sommes installés depuis seulement deux mois, il y a un vrai côté familial dans la pépinière. Cela facilite vraiment les relations ». Les entreprises peuvent ainsi échanger leurs expériences et se conseiller mutuellement. « Cette mutualisation des connaissances est enrichissante pour chacune d’entre elles » ajoute Yves Clin. Laurent Mauriac peut d’ailleurs en témoigner : « Hier, quelqu’un est venu me voir pour me poser des questions sur notre régie publicitaire. La semaine dernière, c’était moi qui étais allé le voir pour lui demander conseil sur du contenu internet. Les entreprises sont très hétérogènes, cela facilite donc l’échange ».

        Via la pépinière Innovation, Paris Développement souhaite favoriser le développement des entreprises liées aux contenus numériques. En 2007, 1 470 emplois ont été créés ou maintenus par l’intermédiaire de l’incubateur et des trois pépinières de l’association. Financé à majorité par ses deux créateurs, la ville de Paris et la Chambre de Commerce et d’industrie de Paris (CCIP), Paris Développement a pour mission la prévention des délocalisations afin de contribuer au maintien et au développement des emplois sur le territoire parisien.

        Mais le soutien ne doit pas être trop long car, comme le rappelle Eric Clin, « la mission de la pépinière est de les aider à grandir et non de servir de tuteur ». C’est pour cela que la durée du passage au sein de la pépinière ne doit pas excéder trois ans. Au sein de cet intervalle, la durée est fixée au cas par cas. « Il faut qu’il y ait un roulement pour que la pépinière évolue et puisse profiter à tout le monde. Certaines s’en sortent mieux que d’autres. S’il le faut nous inciterons certaines à partir plus tôt et d’autre à rester un peu plus. Enfin, nous verrons. Une chose est sûre, nous garderons toujours en tête que notre objectif est de créer des entreprises viables » précise Eric Clin. S’il est vrai que ces petites pousses sont choyées et protégées, cela suffira-t-il pour qu’elles puissent grandir et prospérer une fois  dehors ?

          Rien n'est moins sûr tant l’environnement extérieur semble hostile. Aux problèmes des locaux, viennent s’ajouter ceux du financement. « En France, les banques ne prennent pas de risques. Il est donc difficile pour de jeunes entreprises de se lancer dans de nouveaux projets. Nous pouvons les aider au début. Mais une fois dehors, nous ne savons pas si elles réussiront à profiter de leur expérience au sein de la pépinière pour réussir » déclare Yves Clin. Pour cette pépinière âgée de seulement un an, l’heure du bilan n’a pas encore sonné. Pour  les autres, les résultats sont plustôt encourageants : 85% des entreprises réussissent à franchir le cap des trois ans, contre seulement 65% pour les entreprises non aidées.

                                                                     Vincent PAES

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