Lundi, le conservateur Silvio Berlusconi a obtenu un troisième mandat de
président du Conseil avec 47% des suffrages, une majorité plus forte que prévu. Il a aussitôt averti qu'il ne serait pas facile de régler les problèmes économiques, annonçant même que les
Italiens devaient s'attendre « à des mois difficiles ».
La nette victoire de Silvio Berlusconi aux élections législatives lui donne quasiment les pleins pouvoirs pour tenter de redonner un coup de fouet
économique à l'Italie mais la tâche s’annonce compliquée. Alors que la plupart des pays de la zone euro font preuve de résistance face à la flambée de l'euro et des produits pétroliers, l'Italie
est au bord de la récession. Cette crise ne fait qu’aggraver une tendance de ralentissement économique commencée depuis une décennie. En mars, le gouvernement sortant de Romano Prodi avait même
fortement abaissé sa projection de croissance pour cette année, à 0,6%. Quant au Fonds monétaire international (FMI), il ne prévoit qu’une croissance de 0,3% pour 2008. Autant dire que l’horizon
est bien sombre pour Silvio Berlusconi.
D’autant plus, que l’attendent le dossier de la vente d’Alitalia et la crise des ordures à Naples, deux sujets plus que sensibles. S'exprimant sur la
télévision publique, il a déclaré que l’Italie se préparait à vivre « des mois difficiles » et que le gouvernement utiliserait pleinement son mandat de cinq ans pour mener
l’ensemble des réformes nécessaires pour relancer l’économie italienne. « Je m'attaquerai immédiatement au problème des ordures et à Alitalia », a-t-il ajouté. Bien qu’il n’ait
pas été très explicite lors de son discours, il n’a, auparavant, jamais caché son hostilité à une éventuelle reprise d’Alitalia par Air France-KLM.
Cette solide victoire rassure les marchés et les analystes qui craignaient un scrutin serré, source d’instabilité politique et économique. « Un
Parlement sans majorité aurait été une véritable catastrophe pour le pays » précise un économiste de BNP Paribas. Cependant, les analystes n'en restent pas moins sceptiques sur les
capacités de Berlusconi à remettre sur les rails la troisième économie de la zone euro. « Son dernier gouvernement, de 2001 à 2006, n'a tenu aucune de ses promesses et n'a pas fait grand
chose en termes de réforme économique en dépit d'une majorité confortable dans les deux chambres. Et il avait alors un programme plus précis et plus ambitieux qu'à présent et un
environnement économique international plus favorable.», remarque Susana Garcia, de Deutsche Bank.
Berlusconi devra néanmoins, une fois de plus, partager le pouvoir avec l'Alliance nationale, une formation de droite, et le parti populiste de la
Ligue du Nord. Certains analystes affirment que ces deux formations feront tout pour empêcher que le gouvernement ne donne à l'économie le choc salutaire qui lui ferait, selon eux, tant
défaut. « Je pense que le véritable problème de Berlusconi sera de faire tenir ensemble les partis de sa coalition », commente Gian Enrico Rusconi, professeur de politique
de l'Université de Turin. En effet, il sera difficile de faire passer des réformes avec deux partis aussi protectionnistes. Berlusconi a dit que son ministre de l'Economie serait à nouveau Giulio
Tremonti, dont le précédent mandat a vu une forte détérioration des finances publiques. Il héritera d'un déficit budgétaire en hausse, ce qui lui laissera peu de marge de manoeuvre en particulier
pour les réductions d'impôt, promesses de la campagne électorale.
Vincent PAES
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